Matthieu Metzger, Self cooking, Ayler Records, 2013

(extrait de la présentation radiophonique)

Le tout premier disque solo du saxophoniste Matthieu Metzger est aussi réussi qu'original. Jouant avec les sons, les machines et les saxophones (du baryton au sopranino), il nous propose une succession de titres qui tiennent à la fois de l'expérimental, du foutraque et du lacher-prise. Quelque chose « d'abstrait et de joyeux » comme il est indiqué par Matthieu Metzger lui-même dans les liner notes de la pochette. Un beau travail sur la matière sonore, dans toute sa réjouissance physique nous est donné à entendre. On ne peut être qu'admiratif de ce travail sur la dynamique chez un musicien ayant il y a peu franchi la trentaine d'années.

Bien sûr on pense aux disques solos de Michel Portal « dejarme solo », de Louis Sclavis « clarinettes » qui en leur temps marquèrent d'une pierre les début d'une longue carrière discographique. C'est une nécessité sans doute pour les musiciens, de se confronter à eux-mêmes mais les temps changeant on pense aussi à des musiques extra-jazzisitiques comme celles de Squarepuhser pour la frénésie et l'enthousiasme, Mr Bungle et Fantomas pour le zapping et l'outrance. Une musique donc, de jazz oui, ou tout au moins une musique de jazzman (ce n'est plus à prouver pour ce qui concerne Matthieu Metzger qui participa au quintet de Louis Sclavis, Lost on the way, mais également à l'ONJ), car comme toujours le jazz, cette formidable musique en anamorphose perpétuelle a su et sait s'enrichir des musiques qui construisent le présent qu'elle traverse. Un disque qui s'apprécie de bout en bout, qui se déguste - aussi bizarre que cela puisse paraître pour les raisons qui nous feraient craindre un trop plein d'aridité et d'intellectualisme. Une vraie réussite de musicien par un vrai compositeur musicien.

Après bien sûr, on va dire « c'est pas non plus du Ludovico Einaudi. Tant mieux !

un extrait sonore dans cette émission