Quatuor Machaut, Ayler Records, 2015

Sous la direction de Quentin Biardeau, quatre saxophonistes réinterprètent une messe de Guillaume de Machaut, compositeur du XIVème siècle. Enregistré au coeur de l’abbaye de Noirlac dans le Cher, ce disque jette un pont entre les deux extrêmités de notre histoire musicale. D’un côté les fondations que Machaut a posées, de l’autre, par des arrangements et des parties libres que seul le jazz et les musiques improvisées peuvent offrir, notre présent le plus brûlant. 

Nous voilà plongé au coeur même du son. Dans sa dimension physique d'abord puisque le grain des saxophones, magnifiquement rendu par les prises de son de Céline Grangey, s'enrichit des échos de l’abbaye qui se fait la caisse de résonance du quatuor et le prolongement de sa sonorité. Dans sa dimension spirituelle ensuite. Parce que c’est une messe bien sûr, les étapes de la liturgie sont respectées mais également parce que le cheminement est tel qu'il symbolise parfaitement le parcours qui innerve l'intégralité du processus sonore de la civilisation occidentale: de l’introduction à l’envoi, en passant par les points culminants, tensions et détentes, plusieurs siècles sont ainsi condensés le long de ces pièces.

En se laissant guider, ce voyage nous mène au silence des voûtes, à l’oubli de soi, à l’apaisement de l’âme et nous conduit in fine, par sa plénitude enfin trouvée, à l’absence de désir, à la mort peut-être, mais en tout cas à la suppression - ponctuelle hélas mais en tout cas effective - de l’angoisse. Magistral.